La grand-mère de Jade

SSS

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" Tout de suite en apprenant la nouvelle, Jade avait décidé d'aller la chercher. Sa grand-mère Jeanne, sa Mamoune, avait perdu connaissance. On ne l'avait trouvé que le lendemain, étendue sur le sol de sa cuisine, dans la ferme savoyarde où elle vivait seule [...] Les tantes de Jade refusaient d'attendre et de considérer que cette faiblesse n'était que passagère [...] Elles avaient décidé de brandir la sécurité. Mamoune n'avait pas eu voix au chapitre et toute la famille trop éloignée avait été exclue de la décision."

C'est alors que Jade, une jeune femme d'une trentaine d'années, fait un pari un peu fou: elle part kidnapper sa grand-mère et la ramène chez elle, dans son petit appartement parisien où elle vit seule. Pour lui éviter la maison médicalisée dans laquelle ses filles ont décidé de la placer. 
Commence alors une vie à deux hors du commun... Avec la tendresse pour fil directeur, Frédérique Deghelt nous raconte la cohabitation de ces deux femmes que deux générations séparent. Tout, d'ailleurs, devrait les séparer, mais un lien ténu semble les avoir unies pour la Vie. De cette cohabitation, Jade et Mamoune ressortiront grandies... l'une... et l'autre.

SSS

Dans une société où "vieillesse" est un vilain mot, ce roman fait réfléchir sur l'apport mutuel des générations entre elles. Et sur les solutions souvent purement "fonctionnelles" qui sont à notre disposition pour la prise en charge des personnes âgées. 
Bien que la solution de Jade soit extrême et difficilement applicable, ce roman fait réfléchir sur les pauses que l'ont fait dans nos vies si rentables pour vivre avec nos "vieux"! Et pour se donner les moyens de nous souvenir... 
L'histoire se termine un peu en noeud de boudin à mon goût et ne fera pas partie de mes références en termes de style littéraire mais je suis contente d'avoir eu la curiosité de l'ouvrir.

L'autre jour, après plusieurs tentatives pour organiser une visite à son arrière-grand-mère, j'ai eu une discussion très intéressante avec ma Bulle Rose. Je lui ai parlé de ses arrièrres-grands-parents, qu'elle n'a pas tous connus, je lui ai dit comment nous les appelions, comment ils étaient, etc... Nous avons parlé de la mort, de la vie après la mort, enfin de ce qu'elle croit être la vie après la mort (c'est assez édifiant!), de qui étaient ces gens pour elle, de l'avenir aussi, quand elle serait à son tour une maman (et moi... une grand-mère!)...

C'est encore le grand flou, c'est compliqué et je n'ai pas la prétention de lui avoir apporté les réponses, mais ensemble, au moment présent où nous en parlions, nous avons resuscité une génération... Ils étaient tous avec nous dans la cuisine: il y avait de l'ambiance, croyez-moi!

SSS